18.07.2006

chapitre 1

 Première fois

 

L’été les agglutinait. Un besoin incontrôlable de mêler sueur et salives.

La violence et l’intensité de leurs étreintes caniculaires laissaient d’infimes sillons de sel entre ses seins à elle. Ces multiples et fines rigoles blanchâtres qui contrastaient sur le hâle de son corps de méditerranéenne descendaient jusqu’au delta de son pubis.

Après, dans le relâchement de leurs deux corps, il cueillait du bout de la langue ces minuscules cristaux avec la délicatesse et la minutie d’un vieil archéologue.

Cette petite cérémonie qui leur donnait souvent le fou rire se répétait à chaque fois qu’ils venaient de faire l’amour. Elle rythmait les instants de plaisir et était comme un rituel pour  retourner au réel.

L’addition était souvent salée !

 

 

J'ai lavé mon linge en mer Egée

 

En effet ! Belle comme elle était, la grecque aux yeux si tendres le conduisait, le pauvre bougre, à y laisser sa chemise. Des palaces, des restaurants, du Champagne en veux-tu en voilà, rien n'était trop beau pour elle. Faut dire qu'il n'avait pas eu de chance avec les femmes. De son village de Salleboeuf-les-ponts, il n'avait rien tiré. Pas la moindre jeunesse qui l'acceptât en son sein, pas même la moindre postière. Il faut dire à ce propos que depuis quelques années, la 4L jaune s'arrêtait au bout du chemin pour livrer les missives à une floppée de boîtes, bien rangées, toutes pareilles, et que de postière nenni. C'était un grand gaillard arrivé tout droit d'un TOM et qui, ironie du sort, s'appelait Dom, qui s'extirpait du véhicule.

Il avait attendu sans l'attendre, qu'Internet arrive jusque chez lui et c'est là qu'il fit la découverte de sources de plaisir insoupçonnées. Par la force des choses il s'était mis à l'anglais, et désormais, il surfait, il flirtait et sur la vague il n'était pas seul. Il découvrit La Redoute pour aider Madame Chouin sa voisine à passer ses commandes mais, à la nuit tombée, il s'aventurait sur d'autres catalogues beaucoup plus attrayants.

Ainsi il s'essaya au chat, ce qui est une étrange locution pour désigner une conversation. Mais puisque le chat mène à la chatte, il était déterminé à l'adopter. Ainsi, il rencontra des femmes sans tête aux prénoms de stars: des Rita, des Audrey, des Jane. Des Priscilla aussi.

Et puis un jour, il lui sembla que la France était devenue trop petite pour lui, il s'étendit tel un étudiant d'Erasmus sur les rives ensoleillées de l'Adriatique et approcha, un peu inquiet, l'isthme de Corynthe via les ondes alphanumériques. Faudrait-il cette fois-ci apprendre le grec? 

Il s'y colla quand même et apprit par coeur l'article 1 de la déclaration des Droits de l'Homme, histoire de partager un peu de France avec une autochtone, ou plus si affinités.

Αρθρο 1 (article 1) 'Ολοι οι άνθρωποι γεννιούνται ελεύθεροι και ίσοι στην αξιοπρέπεια και τα δικαιώματα. Είναι προικισμένοι με λογική και συνείδηση, και οφείλουν να συμπεριφέρονται μεταξύ τους με πνεύμα αδελφοσύνης. 

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Raoul, car il s'appelait Raoul, rencontra donc Maria, chata avec elle et vit (car il s'était équipé d'une webcam) que la belle, bien que dotée d'une ombrageuse pilosité sus-labiale, cachait fort mal des charmes qui en auraient ravi plus d'un. Mais il était le premier. Il va sans dire qu'au royaume des Spartes ses tongues allaient faire grand effet. Il en acheta, prit son sac et son vélo, puis partit. 

Au Pirée il mangea des sardines à l'huile achetées au petit Spar de Salleboeuf pour attendre le bateau. Une fois embarqué, il eut le mal de mer. Un instant il eut peur d'avoir oublié son dentifrice. Mais non ! Au fond du sac, son superbrite.  Un peu écrasé, un peu débouchonné, mais là.