09.07.2006
Sur l'écran noir de mes nuits blanches...
La tasse de café turc de Kefka était vide. Raoul en commanda deux autres.
Il était 10:00 du matin quand le pompier et le rescapé noircis laissèrent entrer le silence dans leur conversation. Au-dessus du port, sous le chaud soleil et le ciel blanc, planait encore le parfum âcre des cendres d’où parfois l’on renaît. Raoul ne pouvait réprimer un bâillement, tandis que Kefka hochait la tête le regard perdu sur la surface de son café.
Dans son malheur, la famille Ephkaristopoli ruinée et sans logis allait hériter d’un père et d’un mari, puisque l’intention du bonhomme était bien de reprendre sa place dans la maisonnée. L’affolement général et la nuit rougie comme un atelier de développement photographique, l’avaient maintenu dans son anonymat, mais il allait pourtant falloir passer à l’acte.
La situation malgré tout semblait propice car, c’est bien connu, un dénuement soudain oblige à relativiser, à lâcher prise. Dans la détresse, on se rapproche, on se tient chaud, on range au rayon des accessoires l’orgueil et les espoirs déçus qui n’auront pas servi à vivre mais bien plutôt à se miner.
Kefka réapparaissant tel l’enfant prodige, un bouquet de fleurs à la main, secourant la veuve et l’orphelin, c’est ainsi qu’il espérait se présenter sur le seuil d’une maison qu’il faudrait reconstruire… Mais connaissant son épouse, Kefka avait du souci à se faire. D’ailleurs, il s’en faisait.
Il devait être 10:15 quand trois brunes hébétées passèrent devant leur table. La première reconnut les épaules voûtées de son grand mou, la seconde la suie sur ses joues et la troisième tressaillit en percevant le profil du moustachu. Elles s’arrêtèrent, se regardèrent après une longue minute de stupeur et sans mot dire se dirigèrent vers les deux compères restés aux confins de leur rêverie.
09:10 Publié dans NotaV. | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Bientôt la rentrée ?
Ecrit par : V. | 04.09.2006
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