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12.07.2006

A la saint Raoul, le feu parfois déboule

La jumelle rentrant du "Bimbo", la boîte la plus poumonée de l’île, avait du plomb sinon dans la tête, du moins dans l’aile.

« Dis donc la frangine » dit-elle sur un ton brouillé par l’excès de whisky-coca et de cigarettes blondes,  « faut pas t’faire chier … ».

La fin de cette inoubliable réplique, qui aurait fait l’affaire de Racine s’il avait eu la bonne idée de vouloir rendre Phèdre plus populaire, fut étouffée par la rencontre intempestive de la bouche pulpeuse de Mélina avec le couvre-lit en fourrure acrylique rose qu’elle avait trouvé sur Internet dans un site de produits dérivés à la gloire de Despina Vandi.

La suite fut donc moins compréhensible, du genre « gneugnoigniengneugneugnai…».

Mélina, étendue de tout son long sur le lit, se retourna sur le dos en repoussant du bout du pied la valise dans laquelle son ainée avait eu l'audace de farfouiller. Belliqueuse, elle susurra :

« Mmmmmmh, je crois bien que je vais me le faire le grand tout mou made in France… ».

En prononçant cette phrase, elle étendit les bras en direction du poster de Robbie Williams torse nu qui ornait le mur surplombant son oreiller tout humide des épanchements nocturnes d’une jeune fille solitaire.

Ceci eut pour effet de faire remonter ses seins à la limite de déborder de son T-shirt à col en V…

Pendant un court instant, Maria songea à enfoncer l’épilateur électrique au fond du larynx de sa sœur, mais elle y renonça, de peur de faire de la peine à leur pauvre mère.

« Si tu t’approches de Raoul, ça va être ta fête » lança-t-elle sur un ton glacial et autoritaire qui eut pour effet immédiat de désaoûler Mélina mais aussi de la rendre tellement suspicieuse qu’elle éclata de rire.

« Toi, tu le connais, ce type, c'est sûr !… Je vais le dire à maman ! »

Surprise, Maria fit un faux mouvement et l’épilateur qu’elle conservait bêtement dans la main droite s’attaqua in petto à la magnifique toison synthétique rose signée Despina.

L’émoi synchrone des deux frangines se traduisit par une claque fratricide et simultanée qui les envoya bouler chacune dans un coin de la chambre de Mélina.

Sur le lit, à la limite de la surchauffe, l’épilateur d’origine ukrainienne continuait son rigoureux chemin de saccage en direction de la tête de lit. Robbie lui-même, dans sa posture un peu idiote du mec à moitié nu qui réalise que le staff photo qui l’entoure vient de rentrer ivre mort de la gay pride,  semblait interloqué par la situation.

A bout de souffle, la mini machine infernale finit par rendre l’âme dans un drôle de feulement, mélange hétérogène du cri orgasmique d’un couple octogénaire, du flop de la tongue au contact d’une voûte plantaire et de la recherche lente d’un canal sur la bande FM…

Ce qui fit retrouver leurs esprits aux deux sœurs ennemies fut le début d’incendie que ne manqua pas de provoquer la fin tragique de l’épilateur comme si ce petit appareil électrique avait décidé de s’immoler par le feu dans l’ultime sacrifice de réconcilier ses deux utilisatrices préférées.

« Objet inanimé, avait-tu donc une âme ! » s’emporta, lettrée et sans rancune, Maria…

« Merde, appelles plutôt les pompiers !» renchérit Mélina, plus réaliste, en cherchant fébrilement son portable dans le sac à main en forme d’aubergine qu’elle avait laissé sur la commode en rentrant.

Le feu commençait à lécher de ses flammèches le poster du beau Robbie qui ne voyait pas ça d’un très bon œil. Rapidement, la chambre se transforma en un honnête brasier dont la circonscription ne pouvait plus se limiter à un  simple seau d’eau.

Le couvre-lit n'était qu'une boule incandescente au milieu d'un enchevêtrement multiple d'objets plus ou moins louches qui se consumaient, la chaleur devenait insupportable, des nuées ardentes venaient à bout du poster tant chéri et de tout le reste. L'incendie se propageait !

Heureusement, les hurlements furieux des deux sœurs avaient fini par réveiller Raoul et Nissa.

Toute la maisonnée se retrouva à l’extérieur, les bras ballants. Les convulsions rouges orangées que projetaient les flammes sur leur corps plus ou moins habillés leur donnaient un air pantomime, en même temps qu’ahuri, hagard ou bien marri bien que madame Ephkaristopoli n’en eut plus depuis longtemps, de mari.

medium_hora_en_flammes.jpg

 

Alors que Raoul se gratouillait la tête, étouffant un bâillement et se disant qu’il n’aurait jamais dû payer d’avance, la sirène des pompiers déchira l’air épais d’une nuit enflammée à Hora.

Commentaires

Le dessin aussi est merveilleux.

Ecrit par : V. | 17.07.2006

c'est qu'il est doué le nain !

Ecrit par : V.ilaine pour V. | 18.07.2006

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