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13.07.2006

Pâmoison

L'éclairage falot faisait ondoyer deux seins prodigieux qui semblaient s'offrir aux mains du premier cueilleur audacieux.

Raoul Ignacio sentit d'instinct des orientations maraîchères tambouriner à l'endroit de sa virilité. Il se dit qu'en termes d'histoires de jardin et de cueillette, la Grèce en connaissait un rayon et envoya une prière à Héraclès pour que tout ceci ne fut pas qu'un songe.

La main inconnue qui tenait de la plus sensuelle des manières la bougie, augurant de probables caresses savantes sur d'autres hampes plus tactiles, fit faire à cette dernière une lègère translation de bas en haut. La manoeuvre délicate eut pour effet premier d'éclairer le visage de l'intruse et pour corollaire de couper le souffle de Raoul Ignacio !

«L.H.O.O.Q.» hurla-t-il intérieurement, car l'effet de surprise venait de lui interdire la moindre vocalise. Ce visage de Madone, cette ombrageuse pilosité sus-labiale, tout concourait à croire que Pygmalion existât et qu'il se prénommait Marcel.

Du champ de la contemplation béate dans laquelle son frère s'enivrait de Dada, Raoul Ignacio n'avait retenu que cette image de carte postale de Vincienne scapbookée par Rrose Sélavy.

Il ne pouvait se l'expliquer, mais cette vision le mettait dans un état d'excitation tel, qu'il n'aurait pu parier ni sur la résistance physique du lycra, ni sur sa capacité à éviter l'éjaculation précoce.

L'énorme choc émotionnel que subissait Raoul Ignacio durant cette voluptueuse nuit d'été n'était pas seulement dû à la ressemblance de la belle inconnue avec Mona Lisa, mais également au fait qu'elle ne l'était pas, inconnue !

Des milliers de pixels reformaient dans sa tête les traits de sa correspondante «emmessènienne» entrevue lors des récents échanges d'images saccadées qu'enregistre une webcam de supermarché. Sur l'onglet filtre de son logiciel de retouche d'images interne, il venait de sélectionner «renforcement» et il n'arrêtait plus de cliquer sur «contours plus nets» !

Et plus il cliquait, plus l'évidente réalité s'imposait avec délices à son tempérament plutôt cartésien :

c'était Maria, sa Maria !

Il estima à 1m20 la distance qui le séparait du corps chéri. Il décida donc de franchir le pas, au sens propre comme au sens figuré, afin que son propre visage encore contenu dans l'obscurité, apparaisse lui aussi dans le fantasmagorique halo que produisait la source de lumière écologique et millénaire.

Il désirait...

Sentant cet instinct primal et préhistorique lui fourrager les tripes et habiter graduellement son corps caverneux, il esquissa un mouvement de jaillissement aussi prompt que celui d'un sprinteur qui s'extrait des starting-blocks.

N'ayant aucune perception de son corps dans l'espace, Raoul Ignacio réitéra sa rencontre avec l'angle du lit. Celui-ci resta de marbre ou plutôt, de fer, et l'envoya valser aux pieds de la belle hellène qu'elle avait nus et fort mignons.

Raoul Ignacio s'étala donc de tout son long. Dans ce mouvement ample et ridicule, la petitesse de la chambre lui fit franchir le palier en fait de pas, et son visage incrédule se retrouva sous le jupon de Maria. Lieu sanctifiant sans doute mais odorant sûrement car le fumet de sueur fraîche y gagnait largement sur la fragrance de patchouli.

Enivré par ces parfums sauvages et prometteurs ou simplement victime de sa rencontre temporale avec la dure réalité d'un plancher rustique, Raoul Ignacio s'évanouit...

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