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16.07.2006

Friture

Ils allaient donc débarquer alors que midi sonnait au clocher. La belle, bien que couverte désormais, traversa la foule de ses admirateurs le regard au ras du pont et retrouva sa valise dans laquelle se trouverait bien une petite tenue qui ne ferait pas honte à ses parents. Elle leur devait bien ça ! Des études à la Sorbonne ne sont pas données à tout le monde, même quand l’oncle est à deux rues de là dans son beau restaurant blanc et bleu qui sent les oignons et l’agneau rôti.
Elle avait bien ri quand Raoul Ignacio lui avait demandé où trouver un kiosque. Elle lui avait répondu «y en a pas beaucoup par ici» presque sans accent. En réalité, elle était consternée et pensa «quel con!» en français aussi.
Raoul Ignacio quant à lui tentait de rassembler ses p'tites affaires. Mais où mettre tout ça? L'était bien mignonne la Mélina (oui, elle s'appelait Mélina), mais la vêtir l'avait dépouillé lui. «Encore un truc karmique ça» se disait-il. Car Raoul Ignacio, du fond de son natal Sallebœuf s'était initié aux cultures orientales et au concept de réincarnation qui l'aidaient pas mal à avancer dans la compréhension du phénomène redondant de «pas-de-bol».
D'une certaine manière, il était soulagé de savoir que ses efforts nécessaires à vaincre les déconvenues étaient le résultat de mauvaises conduites vécues en d'autres temps. Ainsi, il envisageait avec sérénité une vie future puisqu'il accumulait présentement les bonnes actions.
Avec la philosophie orientale et ses multiples facettes, Raoul Ignacio avait découvert le Tao pour homme, qui n'est pas un déodorant, mais un traité anatomophysiologique permettant de bander pendant des heures, sans douleurs, et de contenter les femmes les plus exigeantes.
Pour étudier la question d'une manière moins théorique, il avait commandé dans le catalogue de la Redoute, des cours sur dvd : «Le Yoga Tantrique» et «Les Shakras de la Virilité» animés par des jeunes femmes en maillots de bain. Évidemment, la phase exploratoire de son anatomie avait pris quelques temps et c’est là qu’il regrettait amèrement l’initiation que l’abbé Descloud eut pu lui donner s’il avait été moins nigaud.
Mais pour l'heure, il devait se rassembler et il décida d'utiliser son kawoué comme d’un baluchon.
Le décalage horaire, la traversée et cette extraordinaire péripétie avaient eu raison de l’énergie toute scoutesque de notre Raoul Ignacio. Il descendit à fond de cale à la recherche de son vélo, puis au milieu des gaz d’échappements s’extirpa du navire. La chaleur du béton, les effluves d’huile d’olive et le bruissement des mouches constituèrent son Welcome in Andros.
Il lui fallait maintenant trouver un logis avant que Maria Ephkaristopoli, c’était son nom, ne vienne à sa rencontre. Elle lui avait dit, sur leur dernier échange virtuel, qu’elle saurait où le trouver. Eh bien qu’il en soit ainsi ! Raoul Ignacio était bien trop fatigué pour laisser passer une telle occasion de ne rien faire. Une petite femme vêtue de noir, identique à la vingtaine d’autres qui attendaient le chaland, lui proposa une «room». Il discuta à peine le prix de la nuitée et s’enfonça derrière elle dans le dédale des ruelles blanches de Hora. Sa guide se taisait, son vocabulaire touristique étant limité à 2 mots de 4 lettres : room et euro. Peut-être aussi qu’elle n’était pas causante.
À distance du port, ils ne croisèrent personne, comme si la ville s’était assoupie dans sa digestion des feuilles de vigne farcies et du poivron cru qui, on le sait, est un calvaire pour l’estomac. Enfin, la veuve poussa une porte, longea un patio et fit entrer Raoul Ignacio dans une petite chambre jouxtant une salle de bain sommaire. La fenêtre s’ouvrait sur un figuier, les journées resteraient fraîches, quant aux nuits n'en parlons pas. La femme sortit en enfournant dans sa poche le montant des deux nuitées d’avance. On ne sait jamais avec ces étrangers. Raoul Ignacio posa son barda et son grand corps sur le lit. Et s’endormit.

Commentaires

Très beaux les dessins. Super chouettes.

Et l'histoire est drôlement bien documentée (pourriez-vous fournir les références bibliographiques du livre sur le taoïsme que lit Raoul - version illustrée de préférence - ? C'est pour un ami qui fait sa thèse sur le sujet. Merci

Ecrit par : V. | 25.06.2006

Cher V. le bouquin de référence s'appelle "Le tao de l'amour", mais je l'ai prêté à une copine... ça fait longtemps tiens... Humm va falloir que je le récupère, évidemment pour informer ton ami le plus précisément possible...

Ecrit par : V.estale pour V. | 25.06.2006

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