« Friture | Page d'accueil | Leader of the pack, yeah ! »
16.07.2006
Pou iparchi ena periptero
Durant ses jeunes années, parce qu’il était l’aîné d’une fratrie nombreuse, constituée de trois garçons et de sept sœurs et parce qu’il appartenait à une vieille famille catholique de Salleboeuf, Raoul Ignacio avait fréquenté la plupart des camps organisés par l’abbé Descloud. Il avait été successivement louveteau, puis scout et enfin éclaireur.
Or, au cours de ces nombreuses années de franche camaraderie youcahidi youcahida et de crapahutage autant diurne que nocturne, il avait échappé, et c’était un vrai miracle, à l’intérêt appuyé que l’abbé pouvait montrer à ses jeunes protégés.
Paradoxalement, on peut même dire que ces années pataugas et chants paramilitaires hurlés à tue-tête à l’oreille bienveillante de dame nature, qui était heureusement dure de la feuille, avaient été bénéfiques.
En tout cas, il en mesurait à l’instant l’incommensurable intérêt.
N’écoutant que son instinct « badelpowellien », Raoul Ignacio plongea la main dans la sacoche banane qui ne quittait jamais le contact chaud et humide de sa charmante bedaine naissante de quadra. Il en tira, dans un geste auguste et martial qui échappa pourtant à l’ensemble des badauds, son inséparable couteau suisse. Puis, fébrilement, il saisit son sac à dos et l’ouvrit d’un mouvement sec qui traduisait sa nervosité.
« De dieu… » pesta-il alors qu’une fermeture éclair retorse semblait mettre à mal ses plans de sauvetage d’urgence.
Malgré ce léger contretemps, il s’était passé moins d’une minute entre les prémices d’une solution envisageable naissant dans son cerveau et sa mise à exécution effective. Il prit d’ailleurs quelques secondes pour savourer la beauté féline de cette machinerie tellement efficace qui lui servait d’instinct. Durant ce court instant, il put également embrasser du regard les quatre mètres carrés de pont qui lui servaient de théâtre et faire l’inventaire de l’ensemble de son paquetage qu’il venait de répandre hors du sac tout autour de lui. Une paire de chaussettes roulées en boule s’était arrêtée contre le brodequin gauche du commandant de bord. Un boxer de lycra gris chiné semblait servir de voile au radeau médusé que formaient son nécessaire de toilette et son guide du routard. La majorité de ses affaires s’étalait donc au regard badin des touristes alentour. Il n’en avait cure !
D’une main gauche experte, il tailla quatre orifices aux quatre coins du sac puis s’acharna à en découper le fond.
D’un geste assuré, il saisit la belle cariatide par la taille et lui enfouit d’autorité la tête dans la tunique ainsi fabriquée. Quelques difficultés passagères ralentirent bien évidemment l’opération d’enfilage des bras et des jambes dans les trous qu’il avait pratiqués à cet effet. Il arracha d’ailleurs quelques gémissements à la belle autochtone en lui tordant légèrement les membres. Ces feulements plutôt rauques eurent d’ailleurs un effet fugace mais persistant sur sa personne, ce qui le rendit tout chose !
Se ressaisissant, il saisit le bras droit de sa compagne d’infortune et se redressa, l’entraînant avec lui dans un mouvement ascensionnel fort digne.
Lorsqu’ils furent complètement redressés, il se tourna enfin vers elle et, plongeant son regard dans l’azur de ses yeux, entrouvrit les lèvres et s’essaya à la mise en pratique orale de la méthode rapide d’apprentissage du grec qu’il avait acheté bon marché à Maxi-livres un jour qu’il était passé par Reims.
« Pou iparchi ena periptero* » s’exclama-t-il dans un souffle hésitant mais volontaire…
* "où y a t'il un kiosque ?"
14:15 Publié dans NotaF. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



Ecrire un commentaire