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17.07.2006

Greece, two points

Raoul, Ignacio de son second prénom, resta perplexe sur la valeur symbolique de l’incident. Cet état de latence intellectuelle lui procurait immanquablement une salve d’éternuements. Cette fois encore, il n’y coupa pas ! Un paquet entier de mouchoirs en papier eut d’ailleurs du mal à venir à bout de cette phénoménale extraction nasale itérative. Mais las, il s’était fait depuis bien longtemps une raison. Il se dit qu’il aurait mieux valu prévoir plus de cellulose que de sardines étant donné que dans les Cyclades, comme chacun sait, les cupléiformes sont en bancs plus importants que les mouchoirs de poche !

Il en était à élaborer ces principes conjoncturels plus ou moins alambiqués quand il sentit sur sa nuque de touriste indécis et dans le languissant roulis du rafiot,  une brusque sensation de fraîcheur.

Il se retourna.

Entre lui et le soleil se découpait une silhouette, en contre-jour, forcément, qui tanguait au rythme d’une houle nonchalante, se détachant tour à tour sur le bleu du ciel et celui de la mer.

Après les quelques secondes que lui demandèrent ses pupilles pour s’habituer à cette nouvelle image et pendant que dans sa tête la lancinante musique de Zorba le grec semblait s’être installée en boucle,  il crut discerner une forme plutôt féminine qui le fixait et son premier réflexe fut d’être légèrement méfiant.

Ses seules expériences grecques restaient dans l’ordre Rastapopoulos, le yaourt et le goût aigrelet de la fêta de discount alimentaire, si l’on peut nommer ainsi le Spar de Salleboeuf  où le prix de la livre de café doit concurrencer celui du kilo de caviar ! Avant son départ, ses rares conseillers en tourisme méditerranéen avaient été ses potes du café des marronniers, surtout Marcel qui restait le champion des faiseurs. Il avait « fait » le Maroc, le Portugal et la Grèce, un peu comme on fait la guerre, par ennui ou par hasard, parce que tout le monde le fait et que c’est comme ça.

 

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« Les grecs, tous des pédés » aboyait régulièrement ce brave Marcel après son dix-huitième pastis les samedis soir, jour de manille à Salleboeuf et veille de gueule de bois dominicale…

« Quant à leurs  femmes », poursuivait-il dans un discours dithyrambique autant attendu qu’un « vivement dimanche » par un auditoire par avance conquis, quoique « concon » serait plus juste…  « Leurs femmes, c’est toutes des mélina mercouri ». La même phrase depuis 30 ans, à se demander si toutes les grecques étaient de vieilles dames irréprochables et impliquées en politique ou si simplement c’était sa métaphore qui commençait à dater…

C’est le son déchirant de la sirène du bac annonçant son arrivée au port qui ramena Raoul à sa touristique réalité… 

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