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14.07.2006

Cheval de Troie

Pauvre Raoul ! qu’avait-il eu besoin de dire encore en mentant éhontément à sa tôlière ?
Comme à chaque fois, il lui avait fallu se sortir de sa condition, se montrer différent de ce qu’il était et emprunter le costume de l’enfant prodige, à savoir son frère cadet. Une vraie brèle en foot celui-là, mais doué en lettres, en arts, en tout ce qui permet de s’introduire dans les meilleures familles tout en étant d’extraction prolétaire. La culture ! voilà bien un sésame !
Raoul, admiratif l’air de rien, bien davantage des possibilités de conversion que d’un élargissement du champ de vision, avait tôt compris que la proximité d’un tel personnage pourrait lui être d’un grand secours s’il apprenait à capturer l’essentiel de sa science sans s’embarrasser des accessoires.

Il était donc capable à tout moment de tenir une conversation de tout ordre, sauf qu’il fallait quand même pas pousser trop loin le bouchon. Sa recherche d’exotisme n’était pas particulièrement une affaire de goût, mais bien plutôt une stratégie d’évitement de LA question à laquelle il ne saurait pas répondre. Ainsi, il mettait en pratique et en personne ce vieil adage « au royaume des aveugles, les borgnes sont rois ».
Le borgne se mit donc à table, chassa les mouches et engloutit le contenu de son assiette. La bière le fit roter, le yaourt au miel et aux fruits tassa le tout et il frotta son ventre d’un mouvement circulaire de droite à gauche qui, comme il l’avait lu dans les sutras, allait activer sa digestion.
Il se balança un long moment sur les pieds arrière de sa chaise, le regard perdu dans la nuit étoilée, rêvassant des yeux bleus de la fille du bateau et de la gorge de Maria dont il mélangeait un peu les visages.
Puis, subitement la lumière s’éteignit. « P’tain » grommela-t-il, « sûr qu’ils ont un couvre-feu dans c’t’île… », il se le leva à la recherche de son Zippo, farfouilla dans son kawoué-besace après s’être cogné le genou au coin du lit. « Bordel ! ». C’est à ce moment-là qu’il aperçut une silhouette dans l’encadrement de la porte qui ne ressemblait pas à celle de sa logeuse. Il fut saisi, se redressa pensant à un bandit, mais si c’était le cas vu les formes, il se serait agi là plutôt d’une Fantomette et il allait la croquer.
Il se tint droit dans l’obscurité, chacun de ses poils dressé comme une antenne pitot*, en arrêt tel le pointer de l’oncle Robert à l’ouverture de la chasse. Il dressa l’oreille, tâta de l’épaisseur de l’espace entre l’intruse et lui, renifla un mélange de patchouli et de sueur fraîche. Puis, le crissement d’un briquet, une flamme qui allume une bougie, une lueur qui nimbe progressivement un décolleté…
medium_poitrine_maria_2.3.jpg
*Sonde disposée sur l'avant du fuselage d’un avion qui permet de mesurer une pression totale à un endroit où l'écoulement de l'air autour de l'avion est arrêté.

Commentaires

Mais, on connaît ces mains à longs doigts ! C’est un chance que dans les productions à budget serré l’auteure soit obligée de tout faire : figuration, photos. Et desseins aussi. Parce que ces deux là sont très jolis.

Ecrit par : V. | 25.06.2006

Mais mon cher V. il ne s'agit pas de moi!.. Eh non! le modèle s'appelle Anne et en effet, elle est très équipée.

Ecrit par : V.estale pour V. | 25.06.2006

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