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12.07.2006
4 heures de la vie de Maria
Tant d’émotions pour Raoul Ignacio finirent par l’éteindre complètement. Il sombra comme un parpaing amarré à un pneu, et se posa lentement sur le fond des abysses où ne vivent que des crevettes décolorées et des créatures sans nom (à sa connaissance). Dans le silence des eaux sombres, pas le moindre clapot, pas le moindre mouvement de poisson, de coquillages ou de crustacés. Seul, sourd, aveugle et muet, voilà ce qu’était devenu Raoul.
Cette évidence renvoya Maria dans ses quartiers. Malgré toutes les délicatesses qu’elle lui avait prodiguées après le départ de sa mère, Maria n’avait pas réussi à réamorcer une nouvelle mise à feu de cette espèce de fusible, dont elle sentait intuitivement qu’il saurait la mettre en orbite.
Une fois dans sa chambre, elle s’assit sur son lit, passa ses mains sur ses jambes en réfléchissant à son avenir et s’aperçut qu’elles piquaient. Elle se pencha et se souvint subitement qu’elle avait utilisé son dernier rasoir bic 4 jours auparavant et que là, elle était un peu dans la mouise.
Sa pilosité avait toujours été un problème. Sa sœur Mélina, une vraie peste, l’avait accablée toute leur enfance avec cet inconvénient esthétique qui avait définitivement fait la différence entre elles. Maria serait toujours encombrée de poils tandis que Mélina resterait ad vitam plate comme une limande. C’est ainsi que la nature avait réparti les avantages : par défauts.
Avec les progrès de la science, Maria comptait sur l’épilation définitive et Mélina pensait à la prothèse mammaire. Tandis que l’une enlèverait, l’autre ajouterait et la somme des deux devant arriver à zéro, permettait à Madame Ephkaristopoli de croire à des jours dont l’atmosphère friserait la neutralité suisse.
Cette évidence renvoya Maria dans ses quartiers. Malgré toutes les délicatesses qu’elle lui avait prodiguées après le départ de sa mère, Maria n’avait pas réussi à réamorcer une nouvelle mise à feu de cette espèce de fusible, dont elle sentait intuitivement qu’il saurait la mettre en orbite.
Une fois dans sa chambre, elle s’assit sur son lit, passa ses mains sur ses jambes en réfléchissant à son avenir et s’aperçut qu’elles piquaient. Elle se pencha et se souvint subitement qu’elle avait utilisé son dernier rasoir bic 4 jours auparavant et que là, elle était un peu dans la mouise.
Sa pilosité avait toujours été un problème. Sa sœur Mélina, une vraie peste, l’avait accablée toute leur enfance avec cet inconvénient esthétique qui avait définitivement fait la différence entre elles. Maria serait toujours encombrée de poils tandis que Mélina resterait ad vitam plate comme une limande. C’est ainsi que la nature avait réparti les avantages : par défauts.
Avec les progrès de la science, Maria comptait sur l’épilation définitive et Mélina pensait à la prothèse mammaire. Tandis que l’une enlèverait, l’autre ajouterait et la somme des deux devant arriver à zéro, permettait à Madame Ephkaristopoli de croire à des jours dont l’atmosphère friserait la neutralité suisse.
Pour l’heure, 3 heures, Maria fouillait ses tiroirs à la recherche d’un vieux bic. Elle souleva des monceaux de sous-vêtements en tout genre, des paperasses, un tournevis, du rouge à lèvres, des préservatifs, une cartouche d’encre, des perles de rocaille, un éventail, des boules de geisha, des piles AAA et ne trouva rien. Pas la moindre trace de rasoir bic jetable. Sans doute parce qu’ils avaient tous été jetés.
Elle se rassit sur son lit, agacée, énervée, inquiète pour le lendemain matin lorsqu’elle devrait apporter son petit-déjeuner à Raoul. Elle aurait l’air cruche avec cette forêt noire sur les mollets. Elle pensa pleurer et implorer Ste Rita, la patronne des causes désespérées, puis se décida à aller jusqu’à la chambre de Mélina qui n’était pas encore rentrée du Bimbo Club.
Mélina n’avait pas vidé sa valise, elle baillait grande ouverte sur le lit, et Maria vit tout de suite la trousse de toilette de sa sœur.
Mélina n’avait pas vidé sa valise, elle baillait grande ouverte sur le lit, et Maria vit tout de suite la trousse de toilette de sa sœur.
Elle l’ouvrit fébrilement et ne trouva qu’un épilateur électrique, une moissonneuse-batteuse qu’elle avait déjà utilisée et qui l’avait fait hurler de douleur sous les rires sarcastiques de sa pétasse de sœur.
Elle faillit craquer à ce moment-là, mais avait-elle le choix ?
Elle brancha l’instrument qui se mit à vibrer, les lames tournèrent, elle prit son courage d’une main et l’outil de l’autre, puis attaqua la jambe gauche.
Deux heures après, un coin de l’oreiller serré entre les dents, alors qu’elle passait l’angle de la malléole et donc la dernière station de son chemin de croix, Mélina ouvrit la porte.
Elle brancha l’instrument qui se mit à vibrer, les lames tournèrent, elle prit son courage d’une main et l’outil de l’autre, puis attaqua la jambe gauche.
Deux heures après, un coin de l’oreiller serré entre les dents, alors qu’elle passait l’angle de la malléole et donc la dernière station de son chemin de croix, Mélina ouvrit la porte.
11:50 Publié dans NotaV. | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature, *de tout et de rien*



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